Une saison de terrain froide… et tardive !

Cet été a été l’occasion de lancer ma première saison de terrain entière sur le suivi de populations de lézards vivipares dans les Cévennes. On capture les lézards durant le mois de Juin. Les individus sont relâchés tout de suite après mesure, sauf les femelles gestantes qui sont ramenées au laboratoire à Villefort jusqu’à la mise bas au mois de Juillet. On relâche ensuite femelles et leurs juvéniles au point de capture. Les captures se sont très bien déroulées (malgré une météo pluvieuse) notamment grâce à l’aide de Jean Clobert qui est venu nous prêter main forte et 3 stagiaires motivés et efficaces. Nous avons donc pu ramener une centaine de femelles à l’élevage.

Des stagiaire motivés et efficaces en train de capturer des lézards.

Sauf que, sauf que… Alors qu’à certains endroits du monde d’impressionnants records de températures ont été atteint, la météo française de cette année a été assez étrange : un mois de Mai particulièrement frais a été suivi d’un mois de Juin certes chaud, mais pluvieux, et d’un mois de Juillet cumulant le frais et la pluie… En conséquence de cette météo (particulièrement celle de Mai ?), le pic de naissance a été retardé d’une semaine ou deux cette année par rapport des années précédentes. Il a fallu décaler mon départ, et finir les naissances sans l’aide de mes précieux stagiaires…

Une femelle contente de retrouver son lieu de capture (© Rémi Chevallier)

Le lien entre les conditions météorologiques et la date de ponte est quelque chose de classique et bien connu. Les êtres vivants doivent en permanence faire des ajustements sur le timing de différents aspects de leur cycle de vie : on parle de phénologie. Et la date de reproduction tous les ans (pour les espèces de milieux tempérées) fait partie des aspects les plus importants de la phénologie, parce qu’elle conditionne très fortement la « productivité » de l’événement de reproduction. Les fluctuations de cette date de reproduction est d’ailleurs le sujet de mon dernier article.

L’épisode un peu spécial d’un été (d’ailleurs, historiquement pas si) frais risque de se faire de plus en plus rare avec le changement climatique, et la question se pose de la capacité d’espèces ectothermes comme nos lézards vivipares à modifier leur phénologie vis-à-vis de saisons de reproductions plus chaudes, et probablement aussi plus pluvieuses. C’est sur ce sujet que va travailler Théo Bodineau, qui va démarrer sa thèse avec moi et Sandrine Meylan, en collaboration avec Jean-François Le Galliard, en octobre prochain.